Je viens de terminer un article abordant le manque cruel de femmes en Asie – spécialement en Inde et en Chine – dû à l’élimination des nouveaux-nés de sexe féminin. Il manquerait en effet, aujourd’hui, au moins 100 millions de femmes en Asie et cela ne semble pas aller en s’améliorant.
On connaît la politique de l’enfant unique en Chine, qui pousse les familles de certaines régions – rurales notamment – à ne souhaiter qu’un garçon, pour que celui-ci puisse donner un coup de main aux travaux de la ferme et, en définitive, « rapporter » de l’argent. En Inde, le problème est autre. On souhaite des garçons car la famille n’aura nul besoin de payer de dot au moment du mariage, car le garçon perpétue le patronyme, s’occupe des parents lorsqu’ils sont âgés et héritent des terres.
Les infanticides pratiqués, déjà ignobles à l’époque, le sont encore maintenant. Ils sont de plus accélérés, ou facilités, par l’arrivée de l’échographie qui permet à la femme de connaître le sexe de son enfant, et lui donne ainsi la possibilité d’avorter si elle ne souhaite pas une fille.
Tout cela n’est qu’un problème économique me direz-vous. Eh bien pas vraiment ! A l’heure actuelle, le rejet des filles en Asie semble moins lié à la pauvreté, à l’analphabétisme et au sous-développement, qu’à la montée de la prospérité ! On observe en effet que ce sont les catégories qui bénéficient le plus du développement à deux chiffres – les classes moyennes émergentes – qui n’ont pas envie de voir leurs revenus et leurs biens récemment acquis s’évaporer dans des cérémonies de mariage et des dots coûteuses.
Si, en Suisse, on dénombre 947 filles pour 1000 garçons en 2001, on en compte, en Inde, entre 793 et 925 pour 1000 garçons selon les régions. La différence ne semble pas si importante, mais lorsqu’on sait qu’à la naissance, le nombre de filles est plus élevé que celui des garçons en Inde et que dans notre pays – ainsi que dans tous les pays dits développés – c’est l’inverse, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir de ces sociétés, caractérisées par un déficit de femmes inédit dans l’histoire de l’humanité.
Une note positive toutefois :
« Les filles, si on ne trouve pas chaussure à notre pied par ici, on peut donc toujours s’exiler en Asie ! »
Ref. « En Asie, le gynocide est encore aggravé par le développement », in Equilibres & populations, n° 99, juillet-septembre 2006.